Un recul pour mieux sauter ? Tandis que le Conseil d’Etat annulait la circulaire n° 2005-206 du 2 décembre 2005 sur le financement par les communes des dépenses de fonctionnement des écoles privées sous contrat, le ministre de l’Education confirmait que… l’article 89 de la loi d’août 2004 continue de s’appliquer.
Et pour cause : alors que tout le monde attendait les résultats du recours contre la circulaire interministérielle de 2005, déposé par le Comité national d’action laïque, le syndicat SE-Unsa et la ville de Clermont-Ferrand, la haute juridiction administrative s’empressait de juger de la seule valeur formelle de la circulaire -signée par des personnes non habilitées à le faire-, et non pas de l’interprétation faite par la circulaire de la loi elle-même.
Cette circulaire, rappelle le cabinet de Xavier Darcos, avait pour objet de préciser les modalités d’application d’une disposition de la loi relative aux libertés et responsabilités locales étendant aux écoles privées sous contrat le mécanisme de mutualisation des financements qui s’applique aux écoles publiques. Mais, souligne ce communiqué, «l’annulation a été prononcée pour un motif de pure forme». Le texte avait en effet été signé par les directeurs de cabinet des ministres de l’Education et de l’Intérieur et non, comme le prévoit la réglementation, par les directeurs des administrations centrales concernées dans les deux ministères.
Il suffira donc, s’ils le décident, que Xavier Darcos et Michèle Alliot-Marie, les nouveaux ministres en charge du dossier, le republient en le signant eux mêmes cette fois -ou le directeur des affaires financières à l’Education nationale et le directeur général des collectivités locales à l'Intérieur-, pour que le texte redevienne applicable. Seul un nouveau recours pourrait, peut-être, aboutir à une nouvelle annulation, cette fois pour des raisons de fond.
Même règles pour le privé que pour le public
En attendant, comme le souligne l’Association des maires de France qui, en pointe sur ce dossier, avait négocié avec le ministère de l’Education et les responsables de l’enseignement catholique, le principe reste valable selon lequel les règles relatives au financement des écoles publiques extérieures s’appliquent toujours au financement des écoles élémentaires privées extérieures sous contrat d’association.
En conséquence, écrit l’AMF dans un communiqué du 6 juin, les communes n’ont à participer que lorsqu’elles n’ont pas les capacités d’accueil ou que les élèves relèvent des cas dérogatoires prévus pour la scolarisation dans des écoles publiques extérieures.
L’article 89, rappelons-le, prévoit qu’à défaut d’accord entre communes, le préfet fixera le montant de la participation des communes de résidence aux dépenses de fonctionnement liées à la scolarisation des enfants dans les écoles élémentaires privées sous contrat d’association extérieures (application des 2è et 3è alinéa de l’article L. 212-8 du code de l’éducation).
Mais il ne reprend pas les cas d’obligation et d’exonération de participation de la commune de résidence, pourtant prévus par les alinéas 4 et suivants de l’article L. 212-8 du code de l’éducation.
La promesse d'un décret
Sans doute, disent aujourd’hui les maires, eût-il mieux valu publier en son temps un décret -pourtant initialement annoncé par le gouvernement de l’époque -, ce qui aurait permis de garantir le principe de parité entre secteurs public et privé, un principe prévu par la loi Debré mais largement malmené par l’article 89 de la loi.
Or, ce principe de parité est lu par le Secrétariat général à l’enseignement catholique (SGEC) comme conférant un droit à un forfait communal pour chaque élève scolarisé dans une école privée extérieure.
A l’opposé, les maires de France estiment que ce principe conduit à appliquer au financement des écoles élémentaires privées extérieures les règles applicables au financement des écoles élémentaires publiques extérieures.
Les protestations des maires de communes de résidence avaient donc conduit l’AMF à présenter, lors de la discussion au Sénat de la loi d’orientation sur l’avenir de l’école, un amendement demandant la suppression pure et simple de l’article 89. L’amendement n’avait cependant pas été adopté.
Néanmoins, selon l’AMF, «le législateur avait apporté une garantie en vertu de laquelle lorsqu’il n’y a pas accord entre les communes la contribution financière due par la commune de résidence ne peut excéder le coût de fonctionnement par élève de ses écoles publiques ou, à défaut, de la moyenne départementale.»
La question de l'annexe
En outre, la circulaire fixait, en son annexe, la liste des dépenses de fonctionnement des établissements, liste dont la valeur elle aussi est contestée par les élus.
Or, la question de cette liste permettant au préfet, en cas de désaccord entre communes, de déterminer le montant de la contribution de la commune de résidence, n’a pas été abordée lors des dernières négociations.
D’après les ministères concernés, les recours en annulation contre la circulaire, déposés par des collectivités ou organismes, visaient surtout cette liste. Il était donc plus prudent, selon eux, de s’en remettre à une décision du juge administratif… qui n’a pas non plus, comme c'est logique, répondu sur ce point.
En attendant la réponse du Conseil d’Etat, l’AMF avait demandé, voici un an, au ministre de l’Intérieur de l'époque que les instructions qui seraient adressées aux préfets indiquent bien que la liste des dépenses de fonctionnement figurant en annexe de la circulaire du 2 décembre 2005 est indicative. Mais l’association n’avait pas obtenu non plus satisfaction sur ce point.
En revanche, et elle maintient encore aujourd’hui ce point de vue, la dépense relative à la prise en charge des ATSEM doit être exclue de cette liste puisqu’elle ne concerne que les écoles maternelles et pas les écoles élémentaires.
Coût supplémentaire: 275 millions d'euros
Aujourd'hui, l'idée d'une abrogation de l'article 89, adopté sur proposition d'un sénateur PS sans doute plus soucieux de ses intérêts locaux que de l'intérêt général, revient en force. Le Conseil supérieur de l’éducation s’était d'ailleurs opposé à ce texte qui introduit clairement une inégalité en défaveur de l’école publique avec notamment une très forte augmentation des dépenses communales au bénéfice du secteur privé.
De son côté, Jean-Louis Biot, secrétaire général du Comité national d'action laïque (Cnal) a estimé que la logique voudrait maintenant que l'article 89 sur le forfait communal soit modifié ou abandonné. Pour le Cnal, cette circulaire, si elle était restée applicable en l'état, aurait eu de graves conséquences sur les finances communales. «L'estimation basse du coût supplémentaire pour les élèves scolarisés en dehors de leur commune de résidence atteint 275 millions d'euros.» Cet aspect financier l'avait amené à soutenir les protestations de l'AMF contre cette circulaire. Mais, tandis que l'association est prête à accepter un financement des écoles privées dans les mêmes conditions que les écoles publiques, le Cnal, lui, demande l'abrogation pure et simple de ces dispositions législatives. Selon le comité, ce texte continue d' accroître «la ghettoïsation sociale avec une participation des communes les plus pauvres pour un enseignement privé largement ségrégatif.»
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