Gouvernement Fillon: Parité ? Ouverture ? Voire...

samedi 19 mai 2007 à 16:37
A y regarder de plus près, l'image gouvernementale est moins paritaire et ouverte qu'on le dit.
Avec le gouvernement nommé le 18 mai, la parité entre femmes et hommes n’est, contrairement à ce que reprennent en coeur les grands médias depuis vendredi, respectée qu’en façade.
Certes, il y a bien 7 hommes et 7 femmes parmi les seuls ministres.
Mais, si l’on compte le premier d’entre eux, les hommes sont au nombre de 8.
Pis : si l’on compte, comme c’est normal puisqu’ils font partie du gouvernement, les 4 secrétaires d’Etat et , pourquoi pas, le haut-commissaire, on compte, pour 21 membres, 14 hommes au total, soit le double du nombre de femmes...
Quant à l’ouverture politique que le président de la République avait souhaitée, elle est plus que timide : 14 ministres et secrétaires d’Etat sur 21 viennent de l’UMP. Certes, la présence de Bernard Kouchner à un ministère «régalien» est, à elle-seule, retentissante. Mais, comme le premier secrétaire du PS vient de l'exclure de ce parti, l’objectif d’ouverture semble tourner court. On ne peut réellement mette au compte de l'ouverture que le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, ami personnel du couple Hollande-Royal qui fut directeur-adjoint du premier miniustre Lionel Jospin, ou le nouveau ministre de la Défense, Hervé Morin, issu de l'UDF -mais rallié à M. Sarkozy.
En fait, ce n’est un secret pour personne, le président de la République vise moins à «ouvrir» qu’à déstabiliser son opposition à moins d’un mois des législatives.

La patte» du nouveau président
D’autres caractéristiques de ce gouvernement portent la «patte» du nouveau président. Sans doute la seule vraie nouveauté du style présidentiel.
A noter, ainsi, que Michèle Alliot-Marie, fidèle de J. Chirac, dirigera un ministère de l’Intérieur éclaté, notamment amputé d'une partie des anciennes attributions du ministre de l'Intérieur. Celle-ci est dévolue à Brice Hortefeux (lequel récupère le très controversé quadrilatère Immigration-intégration-Identité nationale-Co-développement).
La première adjointe au maire de Saint-Jean de Luz est cependant chargée des collectivités territoriales, mais aussi des élections et, plus globalement, de la sécurité. Et sans doute aussi (mais soyons prudents) des cultes, compétence que M. Sarkozy, lorsqu'il était ministre, n'aurait laissé à personne le soin de la gérer à sa place. On peut cependant, sous réserve des attributions ministérielles qui devraient être publiées au JO très rapidement, imaginer que c’est Mme Alliot-Marie qui devra mettre en œuvre, par exemple, la loi sur la prévention de la délinquance de mars 2007. Et en proposer de nouvelles modifications, comme l'a su si bien le faire, son prédécesseur.

Juger à la qualité...
Autre nouveauté propre au style sarkozien: une magistrate issue de l'immigration, Rachida Dati, est la nouvelle garde des sceaux. Pour une des rares fois, on s'en félicitera, une femme. Mais, pour la première fois, même satisfecit, une fille d'immigrés. C'est sans doute à elle que pensait le président, vendredi, en affirmant qu'il avait entendu des critiques surgir sur le traitement effectivement accordé à la parité et qu'il fallait, pour en juger, ne pas se contenter d'estimations quantitatives mais aussi de mesures qualitatives.
En tout état de cause, il reviendra certainement à Mme Dati la tâche d’entreprendre la réforme de l’ordonnance de 1945 sur les mineurs dont l’âge légal de responsabilité juridique sera abaissé à 16 ans.

La Forteresse éclatée
Autre éclatement ministériel: celui de l’ancienne forteresse de Bercy : un ministère, attribué à Jean-Louis Borloo, comprenant l'Economie, les Finances et l'Emploi, tandis que le Budget, les Comptes publics et la Fonction publique (derniers dans l’ordre protocolaire des ministres) sont attribués à Eric Woerth, ancien trésorier de l’UMP.
On note en passant que M. Borloo s'occupera de l' "Emploi", tandis que M. Bertrand s'occupera du "Travail". Une nuance, sans doute, que seules les attributions ministérielles permettront de bien comprendre.

Un seul maire de grande ville
Enfin, le numéro deux du gouvernement, avec le titre de ministre d’Etat, est l’ancien Premier ministre et maire de Bordeaux, Alain Juppé, qui dirige un grand ministère regroupant pour la première fois l’Ecologie, le Développement et l’Aménagement durables. Le seul maire de grande ville de ce gouvernement (1), alors que ceux-ci avaient, en leur temps, fourni de gros bataillons aux ministères. Même le président de leur association nationale, le blairo-socialiste Jean-Marie Bockel, maire de Mulhouse, a beau avoir attendu longtemps près de son téléphone, il n'a pu décrocher le poste qu'il convoitait. Sans doute parce que ses ambitions étaient trop gourmandes -on murmure qu'il demandait un gros portefeuille -, et aussi parce que ses allers-retours entre les deux finalistes de la présidentielle ont fini par agacer. Allez, ce sera pour la prochaine fois...

(1) Quatre autres ministres sont maires de villes moyennes ou petites: Xavier Darcos à Périgueux, Eric Woerth à Chantilly (Oise), Hervé Morin à Epaignes (Eure), et Eric Besson à Donzères (Drôme).
Posté dans Coup de Gueule
Décision Locale

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