Machines à voter: le vote électronique survivra-t-il à la présidentielle ?

samedi 28 avril 2007 à 16:05
Le bilan des machines à voter utilisées le 22 avril pour le premier tour des présidentielles est plus que mitigé. Aux files d'attente, il faut ajouter les problèmes d'accessibilité et de confidentialité du vote. Les contentieux risquent d'être nombreux au lendemain du second tour, le vote électronique tendant à faire l'unanimité contre lui. (Source : e-Locale n° 611 du 30 avril 2007)
Les machines à voter ont avant tout été victimes de la participation exceptionnelle au premier tour de l'élection présidentielle (83.7%). Dans la majorité des communes, les électeurs ont déploré des temps d'attente très long: souvent trois-quarts d'heure et parfois 1h30 voire 2h d'attente dans certains bureaux. Ce temps d'attente s'explique d'abord par le fait que la machine fait office à la fois d'urne et d'isoloir et par les regroupements de bureaux de vote opérés dans certaines villes, comme au Mans, pour réaliser des économies.
Ensuite, malgré les machines test installées dans beaucoup de villes avant les élections, la plupart des votants se sont retrouvés pour la première fois devant une machine à voter le jour du scrutin, les guides fournis aux votants s'avérant très insuffisants.
Enfin, l'organisation de l'émargement semble avoir provoqué également beaucoup de pagaille. Aussi, le Conseil constitutionnel a-t-il été conduit à accepter que certains bureaux de vote (notamment à Villeneuve-le-Roi) ferment après l'heure légale, pour permettre à l'ensemble des personnes de la file d'attente de voter. Ces queues et délais d'attente ont conduit au moins quatre municipalités (Amiens, Saint-Malo, Perreux-sur-Marne, Ifs) à annoncer qu'elles remplaceraient leurs machines par les urnes traditionnelles pour le second tour.

Confidentialité du vote
Mais si les délais d'attentes sont surtout à mettre au compte de la participation exceptionnelle, d'autres problèmes risquent fort d'avoir des suites judiciaires.
Tout d'abord, le manque d'ergonomie des machines et les difficultés rencontrées par les personnes âgées et handicapés ont conduit des membres de bureaux de vote ou des électeurs de la file d'attente à aider ces personnes à voter, remettant en cause le principe fondamental de la confidentialité du vote.
Du reste une étude universitaire de l'université Paul Verlaine-Metz, estime que les machines à voter utilisées manquent d'accessibilité. Selon Gabriel Michel du laboratoire de Psychologie de Lorraine : «Les machines à voter que nous avons pu étudier vont poser d'énormes problèmes d'accessibilité aux déficients visuels et seront pour eux une vraie source de discrimination. (…) Nous avons mis en évidence que la procédure de vote était trop complexe et que l'ergonomie (écran tactile, touches en relief, dialogue vocal…) n'était pas adaptée à de nombreux handicaps. (…) Sur 4 déficients visuels placés dans des conditions idéales (pas de bruit, de pression), seul 1 a réussi son vote ! Concernant les + de 65 ans, nos tests ont également montré que 4 seniors sur 7 n'arrivaient pas à voter avec ces machines. En réalité, nous estimons qu'avec ces machines, 25 % des électeurs risquent de se tromper de candidat, de ne pas arriver au bout de leur vote ou de rebrousser chemin. Ce qui représente pour cette élection pas moins de 375.000 électeurs !».

Ecarts de suffrages
Par ailleurs, plusieurs communes ont observé des écarts entre le nombre de suffrages recensés et le nombre d'électeurs qui se sont présentés devant l'urne électronique.
Par exemple, à Reims, dans le bureau numéro 10, a été observé un écart de 48 suffrages. Un écart qui s'expliquerait toutefois, selon la mairie, par «une erreur humaine qui ne concerne qu'un seul bureau où le président n'a pas suivi les instructions. Normalement, les assesseurs devaient demander à l'électeur un ticket qui prouve que son vote a bien été enregistré avant de le laisser signer.»

Le Conseil constitutionnel «relativise»…
Dans une déclaration à la presse, le 25 avril, Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel, a estimé qu’il faut «relativiser les choses». Voici ses arguments, parés de l'aura de la plus haute juridiction politique du pays.
-des délais d’attente importants ont pu être observés alors qu’aucune machine à voter n’était en service (dans certains arrondissements de Paris par exemple);
-inversement, dans certaines villes où tous les bureaux de vote étaient équipés en urnes électroniques, aucun retard n’a été constaté;
- aucune fraude, détérioration ou sabotage n’a été mis en évidence;
-l’incompréhension ressentie par certains électeurs vise essentiellement les machines de type nouveau (particulièrement celles à écran tactile);
-une machine à voter étant à la fois assimilable à une urne et à un isoloir, il ne peut y en avoir plus d’une par bureau de vote: une urne électronique composée de plusieurs machines mises en réseau permettrait d’éviter les bouchons.
Pour Jean-Louis Debré, il reste que, ici ou là, «l’usage des machines à voter n’est pas psychologiquement accepté, à tort ou à raison, par une part importante de nos concitoyens. Il faudra y réfléchir posément et non dans la précipitation comme certains ont été tentés de le faire.»

Nouveaux contentieux
Il n'empêche: si les recours déposés pour le moment à Issy-les-Moulineaux (92), Courdimanche (Val d'Oise), et Palavas-les-Flots (34), ont tous été rejetés par les tribunaux, il y a fort à craindre qu'il y ait de nouveaux contentieux au lendemain du second tour, surtout si les résultats sont serrés et que l’écart entre les deux candidats est inférieur au nombre de votants, le 6 mai prochain, par ordinateur de vote (1,4 million).
Posté dans Le fait du Jour
Décision Locale

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